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Centre d'Etudes sur la Reconnaissance de la Personne Humaine
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Les documents du C.E.R.P.H.

De l'avortement thérapeutique à la purification ethnique

Dernière mise à jour : 20 avril, 2004

Au mois de février 1997, l'article 1er d'un projet du Gouvernement d'Alain Juppé en vue de limiter l'immigration appelle à la délation d'étrangers en situation irrégulière aux autorités préfectorales, en vue de favoriser l'interruption volontaire de l'immigration clandestine. Cette proposition intervient moins de deux mois après l'extension de la délation d'enfants à naître trisomiques à leurs parents, avec en vue, faute de toute issue thérapeutique, une interruption volontaire de la grossesse.

Cette coïncidence et les réactions contradictoires suscitées par ces deux projets dans l'opinion publique au sein d'un même courant de pensée conduisent à s'interroger sur les relations entre les statuts respectifs du sujet handicapé et de l'immigrant dans nos sociétés modernes.

  • L'un et l'autre sont en effet différents au regard de la communauté où ils sont censés s'insérer.
  • Dans l'un et l'autre cas, une détresse (économique, identitaire, sécuritaire) dont il reste à évaluer l'authenticité et la gravité, est invoquée comme justification de l'exclusion.
  • L'un et l'autre sont donc perçus comme posant essentiellement un problème d'intégration et d'insertion.

Le handicapé se voit ainsi traité en immigrant par la communauté des biens portants.


L'immigrant apparaît comme un handicapé culturel au sein de la communauté nationale
.

Ce problème et les différences qui le sous-tendent sont volontiers imputés à l'hérédité des exclus dans la mesure où ils coexistent avec un ensemble de caractères (couleur de peau - handicap physique - déficit intellectuel) censés les distinguer de la communauté humaine qui les rejette. En fait, il s'agit dans l'un et l'autre cas d'exclure un être humain, par refus d'une "différence" au regard d'un standard plus ou moins arbitraire de référence. Cette différence étant attribuée à l'hérédité de l'exclu, celle-ci devient alors le facteur d'inégalité visant le porteur d'un handicap comme le membre d'une "race" que l'on entend exclure.

Les prétextes de discrimination sont donc, dans les deux cas, de nature biologique, avec une traduction eugénique pouvant aller jusqu'à la contestation aux exclus du droit aux soins, voire à la vie (tri embryonnaire au cours de la P.M.A., avortement "thérapeutique.", euthanasie) ou de celui de procréer (campagne de contraception voire de contragestation dans le Tiers-Monde, stérilisations massives de sujets handicapés, voire, comme ce fut le cas aux USA en vertu de la loi Laughlin, de pauvres ou de déshérités).

Certes, les travaux de cartographie appliqués au diagnostic anténatal devraient, sous réserve de comporter une implication thérapeutique, nous permettre de prévenir certaines maladies En fait, il est fréquent que faute d'issue thérapeutique, dans l'état actuel de nos connaissances, le prétendu "diagnostic" anténatal ne serve médicalement à rien. L'exemple typique en est précisément le "dépistage" prénatale d'une trisomie 21.

On passe alors, de façon imperceptible, au prix d'une véritable imposture intellectuelle :

  •  du diagnostic proprement dit visant à prévenir, par des mesures thérapeutiques appropriées, le développement d'un handicap au profit de celui qui risquerait d'en être porteur,

  • à la pratique d'une véritable perquisition génétique, débouchant, en cas de contrôle de qualité "médiocre," sur la suppression d'un être humain non désiré au profit de l'entourage - familial, social - qui le rejette (quelles que puissent être d'ailleurs les excuses - sinon les justifications - de ce rejet, de cette exclusion : Méfions-nous de certains jugements téméraires !). Le terme de "délation" prénatal serait plus approprié.

Quoi qu'il en soit, les "centres de dépistage prénatal" risquent alors de servir d'officines où se mijote le mépris de l'autre en raison de son hérédité. C'est ainsi que, sous le troisième Reich, le développement de l'eugénisme fut le prélude d'une politique ouvertement raciste.

Qui plus est, l'évocation de cas "limites" manipulateurs des consciences suscite des réactions de rejet de moins en moins justifiés face l'accueil d'autrui tenu pour "différent" :

  • Le spectre de la chorée du Huntington, la menace de mettre au monde un enfant né "sans bras ni jambes", d'accoucher d'un anencéphale, sont invoqués pour justifier un l'avortement "thérapeutique" censé prévenir la "détresse" qu'entraînerait un bec de lièvre parfaitement opérable ou une surdité congénitale.
  • L'excision, les violences de "jeunes" dans les banlieues et les attentats commis au nom de l'Islam, l'infiltration éventuelle d'un flux migratoires par quelques néonazis ou marxistes impénitents éteignent nos scrupules et font le lit de la xénophobie comme du racisme.

Le racisme - ou ce qu'il est convenu de dénoncer comme tel - n'est en effet qu'une variété d'exclusion par assimilation de d'un particularisme comportemental ou religieux à l'origine ethnique donc à l'hérédité.

D'où, sans doute le scandale consécutif en 1991 à l'attribution sans preuve convaincante de l'homosexualité à une "anomalie génétique". Voir à ce sujet : Maddox J., Is homosexuality hard-wired, Nature, 353: 13 (1991) - Hamer D.H., Hu S., Magnuson V.L., Hu N. & Pattatucci A.M.L., Science, 261: 321-327 (1993) -Maddox J., Wilful public misunderstanding of genetics, Nature, 364: 281 (1993) avec les commentaires de D. Hamer et de L. Kruglyak in Nature, 365: 702 (1993). Est-il besoin de rappeler que les homosexuels furent du reste parmi les premières victimes du national-socialisme ?

Sous le discours nationaliste le nettoyage ethnique serbe visait somme toute à supprimer les musulmans de Bosnie et du Kosovo assimilés à "l'ethnie albanaise". C'est ici qu'il rejoint la prétention de "prévenir la naissance d'enfants handicapés" ou, comme en Chine, celle de petites filles (Identifiables avant même de naître par les deux chromosomes sexuels XX !). Sans parler des mesures visant selon Pékin à "éviter les naissances de qualité inférieure [et à] élever le niveau de l'ensemble de la population" (Libération du 4 janvier 1994 - Le Figaro du 9 janvier et Nature, n°6458 du 6 janvier 1994) !

Ce rapprochement revêt aujourd'hui une actualité redoutable avec l'émergence des techniques de tri embryonnaire.Tout se passe comme si ces dernières partageaient avec les organisations racistes un objectif commun : satisfaire l'attente de ceux à qui déplait un type particulier de patrimoine génétique.

Les porteurs d'un X fragile, d'une trisomie, tout comme les sujets aux cheveux blonds, aux yeux bleus, à la peau noire, ne sont-ils pas autant de sujets partageant certains traits génétiques communs ? Ne constituent-ils pas autant de communautés génétiques dont les caractères n'affectent en rien leur humanité et, partant, leur intangible dignité d'êtres humains ? Cette humanité, sinon la qualité de personne, n'est du reste, en général, nullement contestée. La preuve en est que "minorités ethniques", fœtus et embryons furent et sont encore souvent utilisées par la recherche "médicale" comme cobayes humains faute de tout autre modèle biologique (animal) satisfaisant pour les recherches en question. Sans parler des atrocités nazies, les expériences de vaccination pratiquées sur des minorités ethniques, aux USA, notamment, méritent d'être ici rappelées de même que la loi Laughlin rendant obligatoire la stérilisation des sujets présentant une infirmité, une maladie mentale ou physique ou une "tare" psychologique (alcoolisme). C'est ainsi que 70000 américains furent stérilisés de force entre 1905 et 1972, dont 8300 enfants dans la colonie de Lychburg, d'après une émission de France 2 consacrée à ce sujet le 10 février 1994.

Ne conviendrait-il pas de nous interroger sur la montée d'idéologies sensiblement identiques avec, comme point commun, une contestation de leur dignité de personne à certains êtres humains, et donc un déni d'égale dignité (entre immigrants et nationaux, entre le fœtus et celle qui lui donna la vie, entre sujets handicapés et sujets "normaux") ?

Voir aussi notre forum "Anomalies génétiques et humanité"

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